Burkard Blümlein - "L'art dans les chapelles"

Chapelle de la Trinité, Cléguérec08/07/2016 - 18/09/2016

Burkard Blümlein – Constellations

Natacha Pugnet


Comment, aujourd’hui, évoquer les forces reliant des entités distinctes mais consubstantielles ? Invité à intervenir au sein de la chapelle de la Trinité, Burkard Blümlein a souhaité, discrètement, jouer avec la triangulation mystique unissant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La constellation offre à Burkard Blümlein une réponse, chacun des éléments de l’installation étant lié aux autres selon des figures imperceptibles mais bien réelles. Le corps du spectateur autant que le regard de l’observateur se voit diversement pris en compte. Comme à son habitude, l’artiste privilégie les objets domestiques d’une grande simplicité, tels que tables, verres, pierres et tapis, lesquels appellent un usage. Mais qui verra le petit tuyau de cuivre transperçant l’une des trois pierres posées sur une table surélevée, lequel oriente possiblement l’ensemble du dispositif spatial ? Semblant agi par des forces matérielles et immatérielles, le banal mobilier échappe au prosaïsme. Ici, la pesanteur exercée par une roche permet à une table de tenir en équilibre sur trois pieds ; là, deux galets, factices, gravitent autour du vase dans lequel ils paraissent miraculeusement incrustés. Interdisant toute saisie, les verres cloués au mur se dissolvent visuellement dans les faisceaux lumineux et les jeux d’ombres portées. Autre élément quotidien, un tapis de soie accueille trois modelages en plâtre, répliques des minéraux placés sur le haut plateau de la table. Elles aussi voient leur masse percée de multiples trous qui en signalent l’artifice.
Par analogies, inversions et décalages subtils sont établies des correspondances matériologiques et spatiales. Entre les divers récipients transparents et les pierres se tissent d’invisibles fils, tandis qu’entre les différents plans horizontaux se nouent de discrètes conversations. D’autres glissements entre les registres du familier et du symbolique sont suggérés. L’on peut s’interroger sur le simple geste de planter un clou ou sur la main qui dispose « agréablement » quelques objets sur un meuble. L’on peut songer à la table et à l’autel, qui se distinguent essentiellement par leur fonction profane ou religieuse. L’on peut méditer sur la présence muette ou chargée de morale chrétienne de la pierre. Dans ce contexte également, les douze cases du tapis ornementé font écho aux apôtres peints du Jubée, et les triades d’artefacts au nombre sacré. Agent plastique, l’espace est aussi l’opérateur symbolique qui instaure l’invisibilité comme signifiante. Selon notre état d’esprit, nous trouverons l’atmosphère propice à la réflexion ou au recueillement. A l’évidence, nous ne resterons pas insensibles à l’austérité des propositions, à leur gravité silencieuse, mais aussi à la douceur qui en émane.

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